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Valeurs actuelles:Dans les pas de Bai Ming

Date de publication:2015-10-31

Culture
Lundi 01 Septembre 2014 à 12:30 (mis à jour le 01/09/2014 à 16:16)
 
Dans les pas de Bai Ming
 
Par Valérie Collet 

 
Le céramiste et peintre Bai Ming dans son atelier de Jingdezhen. Il est l'artisan du renouveau des arts du feu en Chine. Photo © LUO HAO
 
Art chinois. À l’occasion de l’année France-Chine, rencontre avec le champion de la nouvelle porcelaine et visite des ateliers de Jingdezhen, ce conservatoire des techniques traditionnelles depuis des siècles.
 
Pékin, 22 juin 2014, 9h30. À deux pas de la place Tianan men, la vaste salle de l’hôtel Beijing qui accueille la conférence de presse est pleine. Plus de cinquante journalistes chinois se sont déplacés pour l’annonce de l’exposition Bai Ming à la galerie Fun Art Space (district 798), relayée par la télévision chinoise et accompagnée d’un court accrochage, d’un catalogue et de la donation de 11 oeuvres au musée Cernuschi à Paris (elles seront visibles dans ses espaces à la fin de l’année).
 
Les questions fusent auprès de l’artiste et des conservateurs Christine Shimizu et Maël Bellec, venus de France. Que pensez-vous de la production céramique actuelle chinoise ? En quoi les porcelaines de Bai Ming s’en démarquent-elles ? Très reconnu en son pays, où il a été récompensé de nombreuses fois, ce champion du renouveau des arts du feu en Chine a vu un de ses plats choisi comme cadeau diplomatique à la France lors de la visite à Paris du président Xi Jinping, en mars dernier.
 
Céramiste, peintre, directeur d’art céramique à l’université de Tsinghua (l’une des plus réputées de Chine), auteur de livres sur le sujet et théoricien de l’art contemporain chinois, cet homme ultradynamique de 49 ans, dont le nom signifie blanche lumière, respire le calme et la sérénité.
 
Il nous accueille à Jingdezhen, la capitale de la porcelaine, dans la province du Jiangxi, à deux heures de vol au sud de Pékin. Son atelier : deux sobres bâtiments entourant un petit jardin où les céramiques fleurissent entre plantes et pêchers. L’un sert au façonnage, au séchage et au stockage des céramiques. L’autre à la peinture et au bureau, deux grandes pièces, claires et ordonnées, où de grandes porcelaines côtoient pigments, pinceaux et livres. Dans un coin, deux fragments de poutre sculptés et une pierre dans un bassin d’eau confirment que la tradition — celle des rochers de lettrés comme supports de méditation — a bien sa place dans la maison. « La civilisation chinoise est comme le fleuve Jaune, elle remonte très loin, avant l’histoire écrite. Peut-être suis-je comme une goutte perdue dans ses eaux ? », s’interroge-t-il.
 
Partagé entre la Chine et les pays de l’Ouest où il a voyagé, Bai Ming est attaché à l’histoire mais orienté vers le contemporain. Selon un courant qui semble se dessiner aujourd’hui, son art opère une subtile synthèse entre Orient et Occident, tradition et modernité. Par leurs formes de pot à pinceaux ou de vase rouleau, ses porcelaines s’inscrivent dans la continuité de la céramique chinoise. Elles montrent aussi la perfection technique des ateliers de Jingdezhen, universellement reconnus, dont la fameuse pâte fut jalousée pendant des siècles par le monde entier, « aussi blanche que le jade, aussi fine que le papier, aussi éclatante qu’un miroir et au tintement aussi doux que la pierre d’un carillon ancien… ».
 
En revanche, Bai Ming se démarque de la tradition par la taille monumentale de ses vases, des créations uniques sans vocation utilitaire — de l’art, pas de l’artisanat, selon nos critères occidentaux. Faisant exception en son pays, l’artiste maîtrise toutes les étapes de la fabrication, et ses décors affirment avec force leur modernité, loin des traditionnels paysages montagneux et figures historiques. Lorsque l’on regarde ses vases, les motifs abstraits dominent, comme les fragments de végétaux ou les lignes qui dansent librement, asymétriques et irréguliers. Certaines pièces (les rouleaux poinçonnés) se rapprochent, elles, de la sculpture. Toutes choses uniques en Chine et qui donnent un nouveau souffle à la production de Jingdezhen.
 
Cette petite révolution n’est pas sans difficulté : « Renouveler la céramique, c’est comme danser avec des menottes ! », avoue Bai Ming...lire la suite...
 
Site de l’artiste : www.baimingart.com
 
source : http://www.valeursactuelles.com/culture/dans-les-pas-de-bai-ming-47489